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Rencontrez Bang Chan : le leader australien derrière un des boy bands de K-Pop les plus innovants

© Taylor Glasby
Traduction ENG-FR : Stray Kids France 
Ne pas reposter sans les crédits complets. La traduction peut contenir des erreurs/reformulations

En tant que guide et producteur derrière Stray Kids, le chanteur qui a grandit à Sydney n’est pas juste un des idoles les plus influents de Corée – il repousse les limites du genre vers de nouveaux horizons.

 

Bang Chan, le leader australien du groupe de K-Pop Stray Kids, a passé un temps infini en studio se demandant comment lui et les deux autres compositeurs du groupe – HAN et Changbin – peuvent pousser leur musique, et les auditeurs en dehors de leur zone de confort. “C’est ce qu’on a fait avec ‘The Tortoise and the Hare’”, dit-il en riant gaiement mais aussi d’un air désolé, comme s’il venait de révéler un secret enfoui. C’est l’introduction de IN LIFE sorti en septembre dernier (le repackage de leur premier album GO LIVE), l’instrumental drum & bass frénétique surmonté de voix répétées hypnotisantes. Elle sonne comme une proposition complètement inattendue venant d’un groupe de pop mais c’est ce qui définit l’oeuvre de Stray Kids. “Briser les barrières et les frontières”, comme Bang Chan aime dire, est imprimé dans leur ADN.

 

Il était juste adolescent quand JYP Entertainment – l’une des agences les plus grandes et renommées de Corée du Sud – lui a donné l’opportunité sans précédent de former Stray Kids à partir des stagiaires de l’agence. Ils ont doublé son autonomie en lui donnant la responsabilité de produire la musique du groupe avec HAN et Changbin qui, en trio, postaient des démos sur Soundcloud en cachette sous le nom de 3RACHA.

 

Il a aujourd’hui 23 ans, et Bang Chan ne fait que rarement des interviews sans les membres – I.N, Hyunjin, Seungmin, HAN, Changbin, Lee Know et Felix, un autre australien – à ses côtés. “Je n’ai jamais vraiment raconté ma vie en détail,” dit-il par Zoom, ses cheveux d’une teinte rosée, “mais c’est excitant.” Il est bilingue en coréen, mais l’accent australien prononcé reste, aimé par la fanbase de Stray Kids (connue sous le nom de STAY), qui regroupe près de 15 millions d’abonnés sur Instagram seulement.

 

Il vient de rentrer d’une performance de “Thunderous”, le titre principal de leur deuxième album studio NOEASY, qui a vendu plus d’un million de copies à travers le monde en moins d’un mois et, au moment de l’écriture de cet article, s’élève à la 14ème place du classement australien ARIA, pris en sandwich entre Lorde et The Weeknd. Le titre de l’album est un jeu de mot avec “noisy” (bruyant), faisant référence aux critiques généralement adressées à la musique de Stray Kids – un mélange culotté de percussions, synthé, cuivres et basses – quelque chose qui discrédite grandement la diversité de leur catalogue musical qui s’étend à travers deux albums, un repackage et sept EPs.

 

Bang Chan, bien ancré dans le statu quo de la K-pop, sait que les titres principaux de Stray Kids évoquent de grandes réactions chez les auditeurs. Alors que leur popularité grandit, cela reste inchangé, voire se constate sur une plus grande échelle. “Il n’y a pas de bonnes réponses dans la musique. C’est juste une histoire de préférences,” raisonne-il paisiblement. “Nous sommes uniques et expérimentaux, ça peut être une raison de pourquoi les opinions sont aussi polarisées, mais à partir du moment où on aime ce que l’on fait, et s’il y a des gens qui aiment notre musique autant que nous l’aimons, alors c’est gagnant-gagnant.”

 

NOEASY représente une déclaration forte après trois ans de carrière. À leurs débuts, leur force de caractère tremblotait dans le processus délicat de “chercher sa propre couleur, son propre style,” dit Bang Chan. Mais ils ont toujours gravité autour de tonalités fortes au milieu des préconceptions de ce à quoi la K-pop, même la pop, devrait ressembler. Les premières notes de leur première chanson officielle “District 9” (2018) était des sirènes. Une année plus tard, ils sortent “MIROH”, un mélange de dubstep tumultueux, de pop mélodieuse et de chants d’espérance, puis “Side Effects” avec son refrain de psytrance et de cris. Bang Chan dit que c’était l’année dernière quand “God’s Menu” est sorti “que nous avons trouvé ce qu’est Stray Kids. Nous avons bien ancré notre identité musicale mais, pour moi, je me cherche encore.”

 

Bang Chan est connu pour sa positivité sans faille, même s’il ne l’admet qu’à demi-mots. En vérité, la musique de Stray Kids a été en partie construite autour de sa quête de se connaître lui-même, l’espace dans lequel il a affronté ses obstacles émotionnels les plus sombres. Leurs paroles capturent l’instable voyage de l’arrivée à l’âge adulte – les ambitions, triomphes, joies et colères – avec des chansons comme “Maze of Memories”, “Awaken”, et “Hellevator” bouillonnants sous le poids de l’incertitude de l’adolescence.

 

Il a auditionné pour JYP Entertainment à 13 ans, entrant dans leur programme de formation pour avoir ses amis débuter dans certains des groupes de K-pop avec le plus de succès, comme TWICE et GOT7, pendant qu’il restait coincé et frustré dans les salles d’entraînement pendant sept ans. Même aujourd’hui il ne sait pas vraiment pourquoi il est resté. “C’est quelque chose que je me demande aussi, je suis aussi intrigué par le fait qu’ils m’aient gardé,” se demande-t-il. “Les trainees viennent et s’en vont, ils sont virés par l’agence ou ils partent d’eux-mêmes mais je ne pensais pas du tout à partir, et ils n’avaient aucune intention de me virer. Je pense que l’agence a vu du potentiel en moi, et j’ai ressenti du potentiel dans l’agence aussi. C’était mutuel.”

 

Enfant, il se souvient avoir souvent déménagé de quartier en quartier à Sydney. En tant qu’aîné de trois, il se décrit comme “un enfant très curieux. Vous connaissez le dicton “la curiosité est un vilain défaut” ? Ouais, et bien ma curiosité m’a souvent fait défaut.” Ses parents l’ont inscrit au taekwondo et au football, et à sept ans, il s’est trouvé une passion pour la natation, ses exploits poussant son père à ouvrir un club de natation.

 

La musique était une constante dans son enfance, il dit qu’elle était “toujours là”. Sa mère se souvient qu’il faisait des petites danses dans la rue quand il était bambin, amusant les passants, et c’était son amour étendu pour la pop – Air Supply, ABBA, Michael Jackson, Frank Sinatra – qui a inspiré le sien. Il a rejoint la chorale de son école et participait à des cours de musique classique, reconnaissant que son amour pour la musique et le divertissement était quelque chose qu’il ferait bien de poursuivre plus sérieusement.

 

Dans les périodes difficiles de sa formation, quand il se sentait “perdu”, il remettait en question cette décision. “Je me disais, ‘Peut-être qu’être idol n’est pas pour moi, peut-être que j’aurais dû continuer la natation, peut-être que j’aurais dû devenir joueur de football,’” dit-il. “Quand j’étais vraiment fatigué, je me disais toujours, ‘J’ai fait un voyage de 10 heures. J’ai dit au revoir à tous mes amis et ma famille, j’ai dit au revoir à tant de choses pour venir ici, je vais vraiment y retourner comme ça ?’ Et ça m’a motivé à continuer. Je ne voulais pas le regretter.”

 

En 2017, la très attendue chance de débuter pour Bang Chan est enfin arrivée, et est venue avec une condition – lui, et le reste de Stray Kids, devaient participer à une compétition où ils ont dû réaliser des performances et des missions d’écritures de chansons, où les membres pouvaient être éliminés avant la sortie de leur premier titre. Des carrières tenaient sur un fil, y compris la sienne, le Bang Chan de ces épisodes est intense, incroyablement concentré – oscillant entre un meneur de tâches exigeant et un leader qui soutient les autres membres. Quand Lee Know et Felix sont éliminés (temporairement) du groupe, il pleure, sentant qu’il les a laissé tomber.

 

Mener un groupe de K-pop ne ressemble en rien au fait d’être le leader d’un groupe de rock qui savoure les projecteurs. Cela impose plutôt à celui qui en a la charge d’être un gouvernail et une ancre fiables pour le groupe. En grandissant, Bang Chan sollicitait naturellement l’avis de ses amis sur ce qu’ils devaient faire lorsqu’ils sortaient, s’efforçant de faire en sorte que tout le monde passe un bon moment. Il était également délégué de classe – « Je n’étais pas le meilleur délégué », dit-il en riant – tandis que sa vie de famille présentait ses propres défis avec deux frères et sœurs de neuf et sept ans ses cadets. « On a eu des moments un peu difficiles à l’époque, c’était dur », confie-t-il. « Et comme Papa et Maman étaient très occupés par le travail, je m’occupais des enfants. Prendre des responsabilités est venu sans que je m’en rende compte.”

 

Alors que les membres de Stray Kids sont devenus adultes (le plus jeune, I.N, a fêté ses 20 ans en février) et que leur assise dans l’industrie s’est consolidée, Bang Chan n’est pas moins attentif à ses devoirs, mais il les porte avec plus d’aisance – tel un blouson de cuir qui perd de sa raideur pour devenir une seconde peau. À certains égards, dit-il, ses trois années en tant qu’idole ne l’ont pas tant changé que cela. “Je suis toujours cette personne qui essaie de penser aux autres en priorité et d’être attentif à ce qui l’entoure. Ce qui a changé, c’est l’aspect physique : la performance, la présence scénique, la production, le chant, le rap, ma carrure.” Il ajoute malicieusement ce dernier point à sa liste en référence à son torse sculpté, fruit d’un travail acharné, qu’il dévoile presque entièrement dans le clip de “Thunderous”.

 

Plus il écrit et produit, plus il constate des progrès dans la qualité de son travail, avant de se réprimander lui-même pour l’avoir souligné : “Je ne sais pas si j’ai le droit de dire ça moi-même, car j’ai encore beaucoup de progrès à faire.” C’est quelqu’un qui a du mal à se complimenter, ayant l’habitude de mettre les autres en avant tout en se dévaluant. “C’est peut-être parce que j’attends de moi-même que je sois meilleur, alors je me pousse plus dur.” Bang Chan inspire lentement, pensif. “Une autre raison pourrait être que, et bien, je ne pense pas que je m’aime vraiment, de tout mon cœur. Ce n’est pas que je me déteste, mais comme je cherche encore qui je suis réellement, je me sens toujours un peu gauche. C’est drôle, parce que je n’ai jamais pensé à m’aider moi-même. Ce sont les membres qui le font pour l’instant : ils reconnaissent ce que je fais et me complimentent parce que je ne le fais pas moi-même. C’est quelque chose dont je suis vraiment reconnaissant.”

 

L’indépendance accordée à Stray Kids a rendu Bang Chan prolifique en tant qu’auteur et producteur, mais il recherche – comme il le fait depuis des années – la confiance et la friction créative au sein de 3RACHA pour continuellement se mettre au défi. Les cours de piano classique qu’il a suivis dès l’âge de cinq ans (et dont il se souvient avec culpabilité avoir détesté) lui ont inculqué une discipline et une structure qui sont à la fois une aubaine et un fardeau. “Cela a imposé des limites à ma propre musique et parfois, quand je travaille, je me dis : ‘Est-ce que je peux aller un peu plus loin ? Peut-être ? Mais, ah, je dois faire en sorte que cela corresponde à ce que la musique est censée être’. Changbin et HAN m’ont tellement aidé. Parfois, nous nous confrontons, mais [nous trouvons] un point d’équilibre sur lequel nous sommes tous d’accord ; alors, quelque chose de nouveau émerge et nous brisons les codes. Avec eux, j’ai réalisé que je pouvais m’amuser avec la musique.”

 

Il attribue également à ses camarades le mérite de l’avoir aidé à “réaliser qui je suis, tandis que je trouve lentement mon chemin”. Pourtant, Bang Chan a franchi une étape émotionnelle et artistique majeure cette année avec l’album NOEASY, en insufflant à des chansons comme “The View” et “DOMINO” une forme d’acceptation, de confiance et un espoir renouvelé. Peut-être est-il plus avancé sur son chemin qu’il ne le pense. “Je crois que c’est vrai”, médite-t-il lentement, réfléchissant à voix haute. “Pendant Kingdom (l’émission de compétition de 2021 réunissant six groupes masculins de K-pop, que Stray Kids a finalement remportée), et particulièrement lors de la performance de “God’s Ddu-Du-Ddu-Du”, je me suis senti bien parce que l’identité de Stray Kids me collait parfaitement à la peau. Rien que de m’imaginer aussi libre et enthousiaste à propos de tout… Cela m’a fait me dire : ‘C’est ça, ce que je suis vraiment’.”

 

Alors que nos dernières minutes s’écoulent, il est assez révélateur de découvrir que Bang Chan se sent obligé d’essayer de contrôler le temps par tous les moyens possibles. Il a trop d’idées et trop de “choses que je veux essayer avec le groupe” pour se permettre de sous-exploiter une seule seconde. Ce n’est pas quelqu’un qui rumine excessivement, mais il admet en riant que son esprit est toujours en ébullition – tantôt projeté vers l’avant, tantôt partant sur une tangente et l’entraînant à sa suite. Placez-le dans une situation où des décisions doivent être prises, et il ne pourra s’empêcher de l’aborder de manière mathématique, calculant mentalement les pourcentages réels des avantages et des risques en présence. Et pourtant, il parvient on ne sait comment à équilibrer ce maelström de pragmatisme survitaminé et de planification avec une croyance au destin d’une surprise douceur.

 

Cela provient d’une incapacité à visualiser son futur lointain, tout en se faisant confiance pour poser les bonnes pierres blanches qui l’y mèneront. “Par exemple, dans 20 ans, je n’ai aucune idée de ce qui va se passer. Alors, tant que je fais ce que j’ai à faire, je suis convaincu que l’univers préparera mon avenir pour moi”, dit-il sereinement. Peut-être montera-t-il toujours sur scène avec Stray Kids, peut-être pas, mais il se souvient avoir fait un rêve situé dans le futur, et c’était un rêve qui le rendait heureux. “C’était un rêve un peu drôle… avec des maisons de ville, comme un petit village”, raconte-t-il, “mais il y avait huit maisons, et chacun de nous vivait là, dans sa propre maison, et on passait juste un très, très bon moment.”

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