TITRE
crédits
Interview de Hyunjin pour W Korea avec Cartier
Trad KR-ENG : dearhyunjinie (X)
ENG-FR : Stray Kids France
Ne pas reposter sans les crédits complets. La traduction peut contenir des erreurs/reformulations.
Q. La réaction des fans au concert <RUN IT SEOUL> , premier de votre tournée mondiale, a été particulièrement positive. Il semble qu’ils aient compris que la setlist et la construction même du show aient été créées en pensant à eux.
HJ. Tout à fait. La base de cette tournée était de vouloir créer un endroit exclusivement dédié aux fans. Je voulais revenir sur les chansons que nous avons sorties depuis nos pré débuts jusqu’à celles d’aujourd’hui, pour revivre ces souvenirs encore une fois.
Q. Vous avez choisi de jouer des chansons issues de toute votre discographie, mais seulement celles chantées par les huit membres, sans aucune chanson solo ou chanson en sous-unité. Comment en êtes-vous arrivé à faire ce choix particulier ?
HJ. Au départ, nous avions plusieurs idées, mais nous avons décidé de laisser de côté nos autres ambitions. J’ai pensé que si nous ne le faisions pas maintenant, ce serait difficile plus tard de montrer ce qu’est la base, le noyau fondamental de Stray Kids. Nous ne sommes pas encore à la fin de notre carrière, mais dans mon esprit, c’était un peu notre dernière chance de le faire. La seule chose à laquelle je pensais c’était “comment raconter notre histoire de la meilleure façon ?”. Dès les répétitions, j’ai été submergé par l’émotion. Il y avait des chansons dont je n’avais pas exécuté les chorégraphies depuis six ou sept ans, et il y avait même des chansons qui me semblaient si peu familières que j’avais l’impression de les apprendre pour la première fois.
Q. J’imagine qu’il y a donc eu des moments, pendant que vous répétiez ces anciennes chansons et chorégraphies, où vous vous êtes dit “ok, voilà le genre de groupe qu’on était au début”.
HJ. Je pense qu’à un certain moment de notre carrière, nous avons arrêté de juste foncer tête la première, sans jamais penser à la façon dont les gens nous voyaient. J’ai quelques regrets concernant cette période, et je pense que chacun d’entre nous avait son propre sentiment de désespoir, mais quand nous avons rejoué nos anciennes chansons, des souvenirs sont revenus : “C’est vrai qu’on était insouciants, on fonçait tête baissée, toujours droit devant”.
Q. Est ce qu’il y avait une sorte d’insouciance, d’imprudence à la base de Stray Kids ?
HJ. Il y avait de l’imprudence oui, mais aussi un véritable esprit de rébellion. Le slogan que l‘on utilise depuis nos débuts est “Step out”. Dès les premiers jours, nous étions un groupe fortement déterminé à ne pas avancer dans notre carrière en suivant des codes ou des schémas pré établis. À l’époque, nous avons essayé de créer des tas de choses et les gens disaient :”Ils vont vraiment sortir ce genre de musique ?”, ou alors, “Ils vont vraiment chanter ça ?”. Comme on était pas un groupe qui avait été mis en avant dès nos débuts, on avait la niaque. On voulait être marginaux d’une certaine manière, on voulait vraiment se faire remarquer et c’est pour ça qu’on faisait des choix plutôt audacieux. Il y a même eu des tas de fois où on s’est demandé “Est ce qu’on a raison ?”. On voulait vraiment être différents des autres, mais on ne savait pas si ça allait marcher. On ne l’a pas su tout de suite d’ailleurs. Et maintenant qu’on a repris ces anciennes chansons, je ne les trouve même pas kitsch ni même de mauvais goût. Je suis fier de ces chansons. J’en suis surtout fier parce qu’au lieu de faire ce qui était à la mode à l’époque, on les a créées pour qu’elles nous ressemblent et en pensant à notre avenir.
Q. Pendant le concert vous avez déclaré : “J’étais inquiet, je pensais que nous n’avions pas assez de choses à montrer en début d’année.” Vous n’avez pourtant plus rien à prouver, mais vous êtes tout de même toujours anxieux ?
HJ. Je veux être le numéro 1. Dans tout ce que j’entreprends. Je suis du genre compétitif. Bien sûr, on ne peut pas vraiment parler de compétition, mais pendant la première partie de l’année, même si nous avons énormément travaillé pour préparer les albums et les concerts, il n’y avait quasiment rien que nous pouvions montrer aux fans. J’ai un téléphone, comme tout le monde, et je vois tous les autres groupes faire leur promotion. Ils sont tous si jeunes et plein de vie, je me dis “On était comme eux avant”, et en même temps je me demande : “Est-ce qu’on fait ça depuis déjà si longtemps ?”. C’est l’une des raisons pour laquelle je me suis préparé pour ces concerts avec encore plus de soin. Je voulais montrer que Stray Kids est encore fort et en pleine forme.
Q. Vous avez fait cinq concerts dans la même ville et toutes les dates étaient complètes. N’est ce pas une preuve suffisante ?
HJ. Ce genre de chose ne compte pas vraiment pour moi. Ce qui m’importe vraiment ce n’est pas le nombre de tickets vendus, ou la taille des stades qu’on remplit. Ce qui compte c’est que nos fans continuent de venir nous voir, même après une longue absence. Cela fait partie de ces choses que vous ne pouvez réellement comprendre qu’en les vivant. Je pense que je vivrais de cette façon pour le restant de mes jours. Je suis foutu, sérieusement ! (rires) Je l’ai même dit pendant mon discours à la fin du concert, je suis foutu. Je pense que j’ai développé une vraie addiction à la dopamine que me procure la scène. Je suis tellement heureux après un show. Je ne me sens jamais épuisé après un concert, même une fois rentré chez moi. La taille de la scène ne m’importe pas non plus. J’ai juste besoin de bien faire ce que je fais. Le plus important c’est que je fasse les choses bien, peu importe où.
Q. Certaines personnes doivent vous donner des conseils du genre “Vous devriez vous développer encore plus maintenant”, ou “Vous devriez montrer une autre facette de votre personnalité”. Que pensez-vous de ce genre de conseils ?
HJ. On a pas besoin d’être encore plus connus. Et je ne le veux pas non plus. Mon rêve n’est pas de devenir une superstar. Je veux juste que Stray Kids continue d’avoir de la reconnaissance. C’est suffisant pour moi. Je pense que c’est plus cool si les gens continuent de dire “Stray Kids, c’est juste Stray Kids”. Le pilier central du groupe ne peut pas être remplacé, par quoi que ce soit. Notre base n’est pas d’être comparé aux autres mais plutôt d’être “juste nous-mêmes”. Je pense qu’il y a des aspects nous concernant que l’on ne pourra jamais changer, des choses que personne ne pourra jamais nous enlever.
Q. Pour ce faire, n’êtes vous pas toujours à la recherche de la perfection ? Pourtant, dans tout travail artistique, de bonnes choses peuvent se produire quand on est moins perfectionniste.
HJ. Oui, je pense par exemple que si vous peignez par-dessus votre dessin trop de fois, en voulant faire le tableau parfait, vous risquez de finir par le ruiner. Avant je voulais toujours être parfait. Mais plus j’ai essayé d’atteindre la perfection, plus je suis devenu tendu. C’est la même chose avec la musique, la danse ou le dessin. Ce que l’on veut, c’est faire ressentir des émotions aux gens, mais je trouve que les mots “émotion” et “perfection” sont contradictoires. Plutôt que de transmettre quelque chose de parfait, sans aucune erreur, comme l’IA, je pense que les émotions brutes contiennent de l’honnêteté et ont une qualité plus authentique, ce qui se ressent bien plus au final. Même quand je choisis mes mots, si j’essaie de retranscrire mes émotions très parfaitement, il arrive que je devienne froid et distant. Donc même si je perds un peu en perfection, je préfère transmettre mes émotions à 100%. Je pense que l’art est très proche de ça. Quand il y a une imperfection, au final, il y a toujours un petit truc en plus.
Q. Pour exprimer ces émotions, on doit absolument faire preuve d’introspection. Mais cela peut être douloureux de faire face à soi-même. Est-ce que cela à déjà été difficile pour vous ?
HJ. Ces jours-ci, c’est plutôt “prendre soin de mes émotions”. Auparavant, je creusais profondément dans mes sentiments, je réfléchissais beaucoup : ”Quels sont mes vrais sentiments, qu’y a-t-il au fond de mon coeur ?”. Mais à présent, quand je suis un peu chamboulé, je prends chaque problème un par un, je m’en occupe, puis je les range là où ils devraient être. Avant, trop penser à ce que je ressentais c’était comme ouvrir tous les tiroirs d’une chambre et tout jeter par terre pêle-mêle. Maintenant, j’organise les choses une par une. Fut un temps, je pensais que l’art véritable, c’était de tout livrer en vrac, même les choses que je ne voulais pas forcément montrer, même les choses les plus intimes et privées. A présent, je pense que je peux suffisamment exprimer mes sentiments sans avoir à aller les puiser au fond de moi même et que ce soit douloureux. Je suis actuellement dans la période la plus stable de ma vie. Les choses se passent vraiment bien et du coup, mes sentiments sont plutôt bien organisés.
Q. Parlons maintenant d’un autre aspect important de la vie de Hyunjin : l’art. Le numéro W de ce mois-ci va donner beaucoup de place à l’art. En plus de Lee Bae, il y aura aussi des interviews avec d’autres artistes, comme KAWS et Ho Tzu Nyen, le directeur artistique de la Biennale de Gwangju.
HJ. WOW ! Du coup je ne veux plus répondre, je ne veux pas parler d’art ! (rires)
Q. Pourquoi pas ? Vous pouvez parler de votre amour de l’art. Par exemple dernièrement vous appréciez beaucoup Mark Rothko n’est ce pas ?
HJ. Je pense que j’aimerai Mark Rothko pour toujours, toute ma vie. Mais mes goûts ont un peu changé. Depuis quelques temps, je trouve qu’il n’y a rien de plus cool que les installations artistiques. Je trouve vraiment intéressant d’observer ces choses qui ont été disposées de façon apparemment vague et aléatoire. Je pensais que la beauté et l’esthétisme ne pouvaient naître que dans un cadre précis, mais après avoir vu ces oeuvres qui sont créés en dehors de ce cadre, j’ai fini par trouver que ces codes habituels devenaient étrangers. Je suis récemment allé visiter le Centre Pompidou Hanwha à Séoul. Je n’ai jamais été particulièrement touché par le cubisme, mais je me suis découvert là-bas des goûts que je ne pensais pas avoir, et je me suis donc naturellement intéressé au travail de Magritte. Bien avant que l’IA soit inventée, il créait déjà des compositions et des images surréalistes dans son esprit et parvenait à les retranscrire dans son art. Quand je vois des images surréalistes ou grotesques créées par de l’IA, je me dis maintenant que celles-ci ne viennent pas de nulle part.
Q. Vous trouvez aussi le temps pour visiter des salons d’art, n’est ce pas ? Il y a une joie spécifique à découvrir l’art que l’on ne ressent que dans ces événements
HJ. Absolument. Vous pouvez y découvrir une plus large gamme d’oeuvres qu’ailleurs et en plus, vous pouvez y rencontrer des artistes contemporains en personne. Depuis deux ans, je suis devenu curieux à propos des artistes eux-mêmes, autant que de leurs œuvres. Rencontrer par hasard un artiste lors d’un salon et l’écouter raconter son histoire est complètement différent que de la lire. J’apprécie être témoin de ce processus : voir l’excitation dans leurs yeux quand ils parlent de leurs œuvres, et la joie visible qu’ils éprouvent de pouvoir partager leur histoire avec quelqu’un. Et puis, écouter les propos d’un artiste vivant à la même époque que moi m’aide aussi beaucoup. Si je ne devais m’intéresser qu’à l’art classique, j’aurais l’impression de ne pas évoluer.
Q. Vous souvenez vous du moment où votre cœur s’est ouvert à l’art ? Y a-t-il une œuvre en particulier qui vous a ouvert le chemin ?
HJ. C’était Monet. C’est la beauté de ses œuvres qui m’a frappé au départ, surtout quand j’ai découvert “Les meules”. Il n’y a pas de noir dans ce tableau. Il a utilisé uniquement des couleurs complémentaires pour créer les ombres. Je pourrai parler d’impressionnisme pendant des heures ! (rires). J’en suis venu à aimer encore plus ce courant après avoir appris ses origines. Avec l’apparition des appareils photos, reproduire le monde en peinture est devenu moins important, pourtant l’invention de la peinture en tubes a permis aux artistes de peindre en extérieur. J’adore aussi William Turner, pour lequel Monet avait beaucoup d’admiration. Plus j’ai appris les connections entre les artistes et leurs œuvres, plus j’ai aimé Monet. Ces peintures ont dû paraître novatrices et inhabituelles à l’époque. On imagine facilement qu’ils ont dû faire face à beaucoup de critiques et de mépris. Mais au final, leur art est devenu un mouvement artistique, et après quelques temps, leurs œuvres ont été considérées comme belles par tous.
Q. Le travail de William Turner, comme le tableau de Monet “Les meules” dont vous parliez, ont quelque chose de poignant et de solitaire. On dirait que vous appréciez ce genre d’émotions.
HJ. J’aime les gens qui, d’une manière ou d’une autre, me touchent en plein cœur. Parfois on rencontre quelqu’un qui semble porter une sorte de blessure vous voyez ? Et bien je vais l’aimer immédiatement. Je ne peux rien y faire, je ressens le besoin de soigner leurs blessures. C’est pour ça que quand je rencontre quelqu’un, j’essaie toujours d’avoir une conversation profonde et sérieuse, ne serait-ce qu’une seule fois. Avoir des relations superficielles ne m’intéresse pas. Je pense que c’est en parlant et en partageant de cette façon que l’on en vient à chérir et aimer cette personne.
Q. J’imagine donc que beaucoup de gens vous parlent de leurs problèmes ?
HJ. J’aime venir en aide, je suis un guérisseur (rires). En vérité, j’aime écouter les autres parler de leurs problèmes. Si quelqu’un vient vers moi pour se confier, ça signifie qu’il pense pouvoir compter sur moi. Je ne prends pas ça comme un fardeau. Et puis, en écoutant leur histoire, ça me fait aussi voir les choses d’un autre point de vue, “ah oui, on peut voir cela aussi de cette façon”. Et je ne donne pas forcément de réponse ou de conseil, écouter suffit. Par contre, moi même, je me confie très peu ! (rires)
Q. Nous avons bientôt fini. Laissons de côté la musique, les concerts et l’art dont nous avons parlé, juste en tant que vous même, Hwang Hyunjin, quel genre de personne voudriez-vous être ?
HJ. C’est une question a laquelle je pense beaucoup ces temps ci. J’ai passé déjà 9 ans de ma vie à faire partie de Stray Kids. Je serai bientôt a la moitié de ma vie, donc c’est difficile de séparer ma personne dans le groupe et ma personne simplement. De fait, je ne pense pas qu’il y ai un Hwang Hyunjin séparément des autres Hwang Hyunjin, c’est l’ensemble de toutes ces facettes qui fait que je suis moi. Peut-être qu’un jour je vivrai d’une autre façon, et que je serai plus ceci ou plus cela. Je veux simplement vivre ma vie de la façon la plus heureuse possible. Plutôt que d’avoir peur du futur, je suis plutôt excité, je me demande à quel point ma vie va encore être palpitante.
Q. Est-ce que vous profitez bien de l’été, maintenant est presque fini ?
HJ. Entre chaque concert, je continue de faire les choses que j’aime habituellement, j’ai peint un tableau hier. J’ai aussi acheté un joli petit bureau vintage créé par un designer français que j’aime beaucoup, et je vais mettre mon tabouret Charlotte Perriand avec. J’ai fait mon premier dessin dessus hier.
Q. Vous organisez plutôt bien votre temps libre.
HJ. Je ne gaspille pas un jour ! (rires)
Q. Vous êtes plutôt romantique.
HJ. On ne peut pas vivre sans romantisme, c’est impossible.
